fantastique

Vu – Stalker – Andreï Tarkovski (1979) Cinéma

Vu – Stalker – Andreï Tarkovski (1979)

Adaptation du roman des frères Strougatski, le Stalker de Tarkovski est un film d'une richesse visuelle inouïe. Très librement inspiré du livre, il n'en reprend qu'une partie et, autant vous le dire, il est plus rapide de lire la partie en question que de regarder le film. Stalker est long (2h40), lent, nihiliste. Mettant en scène peu de personnages (pendant 95% du film, ils ne sont que 3), presque aucun mouvement de caméra (sauf quand on s'attache aux visages), pas de musique, Stalker est une expérience fascinante. Que reste-t-il ? Des plans. Fixes. Ciselés comme des œuvres d'art, structurés comme des peintures dignes des impressionnistes, beaux. Magnifiques. Bouleversants. Hypnotiques et bluffants. Chaque image de ce film pourrait être encadrée. Véritable récit initiatique, fable philosophique, Stalker est un voyage. Jusqu'auboutiste, radical et introspectif, il met le spectateur dans la même position que celle des protagonistes : le dépassement de soi. Certainement difficile d'accès, j'ai regardé Stalker comme je lis parfois de la poésie : sans m'attarder sur le fond, je me suis délectée de la forme... Et comme la forme est au final au parfait service du fond, ce dernier a fini par me sauter aux yeux... j'essaie encore de m'en remettre.
Lu – Mondocane – Jacques Barbéri (La Volte) Lectures

Lu – Mondocane – Jacques Barbéri (La Volte)

Mondocane, pour moi, c'est avant tout le film éponyme (quoique en deux mots), le "shockumentaire" de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi et les ersatz qui ont suivi dans la mouvance du courant d'exploitation "Mondo". Je me rappelle d'ailleurs d'un "Face à la mort" (le 2, le 3?) particulièrement crasseux, maté au milieu d'une bande d'ados décérébrés afin de satisfaire un goût du voyeurisme malsain et d'une transgression au final bien sage, on n'est pas sérieux quand on a 17 ans ! Comment présenter Mondocane ? Il s'agit manifestement d'un ensemble de nouvelles dont le contenu a été enrichi pour cette édition. Mondocane... "Monde chien", putain de monde... Je m'attendais à un post-apo classique, peut-être un peu trashouille... Rien ne me préparait au monde déchiré décrit par Barbéri... Véritable sculpteur de cauchemar, il nous présente un univers ravagé, grossier, halluciné, peuplé de créatures mutantes, véritable précis de tératologie. Au milieu de ce monde vicié, son héros, Jack doit apprendre à survivre tout en faisant le deuil de son ancienne vie. Des nouvelles règles de subsistance, des nouvelles valeurs à intégrer, mais aussi quelques nouveaux amis pour le guider... Véritable coup de poing, cette lecture m'a fortement marquée. Par la puissance évocatrice de l'écriture de Barbéri, par son univers torturé, par la fascination malsaine des corps mutilés, mutés, enchevêtrés, fusionnés.... Un body horror poussé à l'extrême, dont la seule limite est l'imagination du lecteur... Une lecture telle que j'en attendais une, sans le savoir, que j'ai dévorée avec appétit et que je n'oublierais pas de sitôt...
Le nexus du Docteur Erdmann – Nancy Kress (Le Belial) Imaginaire

Le nexus du Docteur Erdmann – Nancy Kress (Le Belial)

Traduit par Alise Ponsero et Erwann Perchoc. Conseillé par ma bibliothécaire, j'ai également choisi ce roman car il est écrit par une femme et qu'au final, je lis très peu d'auteure de science-fiction. Assez court, bien ancré dans le réel, le récit hésite entre fantastique et science fiction. On y suit les aventures de Henry Erdmann, ancien physicien de premier plan, à présent en maison de retraite et en proie a des phénomènes étranges qui se propagent rapidement aux autre pensionnaires.  Particulièrement cartésien, le voilà tiraillé entre sa rationalité et les expériences qu'il subit. La tendresse particulière que j'ai tout de suite éprouvé pour le personnage principal est un des principal atout de ce livre, mais j'ai également apprécié toute la réflexion qui y est fait sur la valeur de l'accumulation d'expérience et la conscience collective La concision du récit évite à l'auteur de partir dans un débordement trop mystique. Nancy Kress adapte son écriture et son vocabulaire aux différents protagonistes avec brio. Elle est aussi à l'aise dans les descriptions de la vie quotidienne que dans les passages de science dure. C'est finalement un livre assez atypique dans ses thèmes que j'ai bien apprécié.
Le livre des crânes – Robert Silverberg (Le livre de Poche) Imaginaire

Le livre des crânes – Robert Silverberg (Le livre de Poche)

Traduit par Guy Abadia. Je retrouve Robert Silverberg avec grand plaisir après L'oreille interne, qui m'a déjà beaucoup marquée. En nous narrant le road trip hypnotique de ces 4 héros cyniques, Silverberg signe un roman initiatique magistral. Poétique, choquant, le récit donne tour à tour la parole à chacun des jeunes personnages, et plonge dans leur intellect encore en construction. Il s'évertue à mettre à nu leurs failles, leurs doutes, leurs secrets les plus enfouis. Mettant en opposition 4 parcours totalement différents, le récit questionne le rapport aux pères, à la foi, à la postérité. Cet étonnant voyage dans la psyché est servi par une plume affûtée, au style soutenu. Quand à l'aspect fantastique, il n'est là que pour servir de but, mais cela importe peu. Comme souvent, ce n'est pas la destination qui importe mais le voyage. Ce deuxième rendez-vous avec Robert Silverberg vient confirmer la très grande admiration que j'ai pour cet auteur.
Allison – Laurent Queyssi (Les Moutons Électriques) Imaginaire

Allison – Laurent Queyssi (Les Moutons Électriques)

Ce court roman a vraiment été un petit bonheur à lire. Il est doux et poétique, et offre une belle image de l'adolescence. Comme dans le livre L'oreille interne de Robert Silverberg, (que j'ai d'ailleurs lu sur les conseils de Laurent Queyssi), la petite touche fantastique n'est qu'un subtile prétexte à une chronique de ce moment de la vie synonyme de grands changements et qu'il est si compliqué de gérer. Tout ceci est traité avec une grande tendresse, une plume légère dans laquelle pointe un nostalgie sous-jacente qui m'a touchée. L'hommage au Rock Alternatif qui a bercé ma propre adolescence ne pouvait qu'achever de me conquérir complètement, pour faire de Allison mon coup de cœur du moment.
Projet Bradbury 2017 – 14 nouvelles de Neil Jomunsi Imaginaire

Projet Bradbury 2017 – 14 nouvelles de Neil Jomunsi

Si vous voulez savoir ce qu'est le projet Bradbury, rendez-vous ici. Retrouvez sur cette page mon avis sur les 14 nouvelles qui forment le premier cycle de ce projet Bradbury, l'auteur ayant décidé de mettre fin à l'aventure pour le moment.  Il reste de ce projet 14 nouvelles, certes inégales (mais c'est inévitable), mais dont certaines sont de petits bijoux. Ce fut un grand plaisir de retrouver ce rythme de lecture et d'accompagner ce processus créatif.  Parasite - sortie le 11/12/2017 Cette semaine nous partons au pays des rêves et je ne sais pas encore s'il était agréable ou si c'était un cauchemar. Une nouvelle assez angoissante, tant l'idée que quelqu'un (ou quelque chose) puisse s'immiscer consciemment dans mes rêves me met mal à l'aise. Je suis contente que ce cycle se termine sur cette nouvelle car c'est dans ce genre d'ambiance (onirique, aux portes du fantastique) que je préfère Neil Jomunsi. Petit dieu - sortie le 04/12/2017 Une fois n'est pas coutume, j'avoue que je suis passée à côté cette semaine. Et je ne veux pas dire par là que j'ai trouvé le récit mauvais. C'est doux et fin, et joliment amené. Mais j'ai eu du mal à comprendre le propos, le sujet m'intéressant peu.  Gouffre - sortie le 27/11/2017 Comment définir la notion d'amitié? Voilà qui n'est pas si simple. Une nouvelle, triste et d'une très grande justesse portée par la plume acérée de Neil Jomunsi. Si la précédente nouvelle m'a laissé mitigée, j'ai retrouvé cette semaine un texte tout en finesse, à la fois délicat et cruel, et dont le propos semble si plausible qu'il laisse un goût amer en bouche. Amis - sortie le 20/11/2017 Encore un thème très fort abordé par Neil Jomunsi. Il mérite une réflexion profonde et j'ai (pour une fois) trouvé le texte trop court, trop naïf et donc un poil frustrant. Ceci dit, le point de vue moral adopté par l'auteur permet d'amorcer cette réflexion, qui aura besoin d'être nourrie par plus de connaissances. Reste de belles idées, un texte assez touchant. Robbie - sortie le 13/11/2017 Une nouvelle très dérangeante, certainement car elle touche à quelque chose de très intime. Impossible pour moi de ne pas penser au film IA qui m'a dérangé de la même façon. Questionner de façon si "mécanique" le désir d'enfant me colle des frissons. C'est clairement une avancée technologique à laquelle je ne suis pas prête! Et pourtant je pense qu'à l'avenir, la robotisation sera certainement le moyen le plus direct que nous aurons pour nous questionner sur l'humanité. Une nouvelle passionnante à lire, donc. Incendie - sortie le 06/11/2017 C'est très difficile d'écrire sur cette nouvelle. Je ne saurais dire ce qui m'a plu, ce qui  m'a touché... mais j'ai été touchée, et je trouve cette nouvelle superbe, mélancolique et poétique, particulièrement douce. Elle fait certainement écho à quelque chose en moi, mais je n'ai pas réussi à mettre le doigt sur quoi. Ce n'est pas grave, c'est juste un très beau texte à lire. C'est ce genre de nouvelle qui me fait me rendre compte d'à quel point le style de Neil Jomunsi s'est affiné avec le temps.  Théorie de la chaussette disparue - sortie le 30/10/2017 Parler de miracle et de notre rapport à tout ça n'est pas toujours facile. Sur ce sujet, Neil Jomunsi nous livre une nouvelle à la fois drôle et tendre. Le personnage principal, William, le spécialiste du paranormal, est particulièrement sympathique, et c'est la légèreté avec laquelle il prend les choses qui donne toute sa saveur à cette histoire. J'ai de plus adoré sa théorie, et je ne regarde plus mon lave linge de la même façon à présent! Coprophages - sortie le 23/10/2017 Je préfère prévenir: la nouvelle porte bien son nom! C'est crade, crade, crade!!! En poussant la satyre à l'extrême, Neil Jomunsi égratigne (non... déchire complètement) le monde du marketing et la facilité avec laquelle il nous séduit. Pour ma part, j'ai trouvé la métaphore assez grossière, et le dégoût a pris le dessus sur la réflexion. Ceci dit, ça a le mérite d'être limpide!!! Doppelgänger - sortie le 16/10/2017 J'ai bien ri! Mais comme souvent chez Neil Jomunsi le rire sert aussi à camoufler un certain trouble. A partir d'une situation cocasse, grâce à un personnage principal finement troussé, il distille un cynisme qui fait mouche. Et même si je me suis réjouis avec une certaine satisfaction de la chute, une petite sueur froide a perlé... Encore une nouvelle propice à l'introspection. Les heures qui nous séparent de l'aube - sortie le 09/10/2017 Une nouvelle qui m'a moins parlé que les précédentes. Assez anecdotique à mon sens, elle possède tout de même un atout de poids: elle parle d'enfance, et c'est un sujet sur lequel Neil Jomunsi écrit très très bien. Grosse - sortie le 02/10/2017 Une nouvelle coup de poing encore. La plus intense depuis le début de ce projet. J'avoue que j'ai eu peur, le sujet est sensible. Et beaucoup d'auteurs s'y sont cassé les dents, sans réussir à éviter les poncifs. Pas ici. Le texte est très di…
Psychédémie – Lilian Peschet Imaginaire

Psychédémie – Lilian Peschet

Quel plaisir de retrouver Lilian Peschet! C'est un auteur dont j'apprécie beaucoup les écrits, tant ses romans/nouvelles que son blog. J'ai été très surprise par cette nouvelle. A la lecture des premières pages, je m'attendais à plus d'humour noir, alors qu'au final c'est une nouvelle dure et violente. L'histoire m'a complètement emportée, et arrivée à quelques pages de la fin, j'ai compris que je serai déconcertée, et frustrée. Je pense qu'il y avais matière à un récit plus long que j'aurais été ravie de découvrir, mais la fin telle quelle est un tel coup de poing que je ne peux que l'applaudir également. Un retour en force de Lilian Peschet qui me fait bien plaisir, je l'avoue.
Le grand n’importe quoi – J.M. Erre (Buchet Chastel) Imaginaire

Le grand n’importe quoi – J.M. Erre (Buchet Chastel)

Le hasard des réservations à la bibliothèque a voulu que je lise deux livres de J.M. Erre en peu de temps.  Dans celui-ci on retrouve toute la fantaisie de l'auteur, qui a décidé de pousser l'absurde à l’extrême limite. C'est complètement fou, idiot et irrationnel. Mais pour une fois, il a réussi à me perdre complètement! Même si cela ne m'a pas empêché de rire à certaines idées, franchement grandioses, la globalité de l'ouvrage m’apparaît assez anecdotique, et beaucoup moins savoureuse que Série Z, ou le formidable Le mystère Sherlock, qui reste celui de ses romans que je préfère. Un roman plaisant, mais que je vais certainement oublier rapidement. 
Bartiméus : L’anneau de Salomon – Jonathan Stroud (Albin Michel Wiz) Imaginaire

Bartiméus : L’anneau de Salomon – Jonathan Stroud (Albin Michel Wiz)

Traduit de l'anglais par Hélène Collon. L'anneau de Salomon est le premier livre que j'ai lu de Jonathan Stroud, auteur qui m'a été chaudement recommandé par Kylie Ravera. Ce livre est un antépisode de la trilogie de Bartiméus, paru plusieurs années après les 3 premiers tomes. Ce fut un livre assez plaisant à lire. Sa qualité majeure étant son personnage principal : le truculent Bartimeus. Il apporte toute sa saveur à ce récit plein d'action et d'humour. L'autre personnage principal, la jeune Asmira, est également une réussite, car beaucoup plus subtile qu'on pourrait le penser de prime abord. J'ai aimé également le contexte historique de ce roman, qui prend part au milieu du mythe de Salomon, et de son sceau magique. Une bonne dose d'exotisme qui m'a bien dépaysée. C'est un récit bien rythmé, qui brasse des thèmes intéressants, comme l'esclavagisme ou le libre arbitre. Pour être honnête, ce livre, s'il fut agréable, reste  anecdotique, mais il m'a tout de même donné envie de découvrir la trilogie de Bartiméus.
Agent double – Daniel O’Malley (Super 8) Imaginaire

Agent double – Daniel O’Malley (Super 8)

Roman traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec. Ce livre est la suite du roman The Rook, du même auteur. Vous pouvez lire mon avis sur ce premier roman sur Babelio. La suite des aventures de la Checquy prend un parti assez radical et très intéressant. Myfanwy Thomas, l'héroïne amnésique du premier livre, n'est pas le personnage principal de cette histoire. Elle est présente, bien sûr, et a un rôle important à jouer, mais d'autres personnages sont chargés de faire avancer l'intrigue. Et quels personnages!!! Si j'ai déjà salué dans The Rook la capacité de l'auteur à nous offrir un univers foisonnant, dans Agent Double, il libère toute son énergie créative!!! Car entre les pouvoirs surnaturels des membres de la Checquy et les manipulations génétiques des Greffeurs, il s'en est donné à coeur joie! Le livre est en effet une véritable fresque, de plus de 800 pages. Et même si j'y ai décelé quelques longueurs, l'ensemble est tout de même très bien équilibré. Au milieu donc d'une foule de personnages bigarrés, les 2 personnages principaux sont une fois de plus féminins. Ceci étant posé, le roman aborde également des thématiques lourdes, et pas toujours du point de vue humoristique: xénophobie, terrorisme... Le conflit qui oppose Checquy et Greffeur résonne un peu trop facilement dans l'histoire contemporaine.  Ce livre est féroce, cynique, avec cette pointe d'humour anglais qui permet de désamorcer les situations trop lourdes.  Ce roman fut donc un énorme plaisir de lecture: drôle, rythmé et intelligent. La suite de The Rook tiens toutes ses promesses.