Lectures

Journal d’un AssaSynth, T1 Défaillance système – Martha Wells (L’Atalante) Imaginaire

Journal d’un AssaSynth, T1 Défaillance système – Martha Wells (L’Atalante)

Traduit par Mathilde Montier. Défaillance système est une courte novella, qui, avec 3 autres récits, forment la saga Journal d'un AssaSynth. Comme le titre l'indique, cette histoire est racontée du point de vue d'un androïde de sécurité.  Celui-ci est chargé de protéger une équipe de scientifiques menant à bien une mission d'exploration, qui, bien sûr, ne va pas se passer comme prévu. Défaillance système est un bon récit d'action, dont l'atout principal est la personnalité de son narrateur : cynique, un chouilla misanthrope, grand consommateur de séries télévisées, et à l'humour bien particulier, lié à sa nature synthétique. Les personnages humains font malheureusement pâle figure à côté : trop lisse, trop survolés (du moins dans ce premier opus). En quelques pages, outre l'intrigue rythmée et riche en rebondissements, Martha Wells développe en propos principal une réflexion sur le libre arbitre, et l'éveil de la conscience liée à l'utilisation de l'intelligence artificielle. Il faut cependant avouer que cet aspect n'est qu'amorcé dans ce premier tome. De part son format court, Défaillance système manque en effet de profondeur, et dire qu'il révolutionne les récits de robots serait mentir, on reste dans du classique.  Mais l'histoire se suit sans déplaisir, et a représentée pour moi un interlude plutôt sympathique au milieu de romans beaucoup plus éprouvants. J'imagine que les propos amorcés dans ce livre seront prolongés dans les suivants, et je me suis suffisamment attachée à l'AssaSynth pour envisager de lire la suite de ses aventures à l'occasion...
Lu – Il faut flinguer Ramirez, Acte 1 – Nicolas Petrimaux (Glénat) BD

Lu – Il faut flinguer Ramirez, Acte 1 – Nicolas Petrimaux (Glénat)

Il faut flinguer Ramirez a été conçu, réalisé, mis en scène et dessiné par Nicolas Petrimaux et cela fait toute la particularité de cet album. En effet, les casquettes de l'auteur sont multiples: animation, jeux vidéos, livre d'art... c'est un illustrateur/concept designer (selon le site officiel de la BD) ayant eu de multiples expériences. C'est, je pense, de par ce fait que, seul au commande de ce projet, il nous livre un album packagé, à mi-chemin de la bande dessinée, du comics et de l'animation. En effet, il y a dans ces planches une mise en scène prégnante, qui les propulse bien au delà de la bande-dessinée classique.  Ce livre est un objet léché, taillé au cordeau, maîtrisé de bout en bout avec maestria. Et au niveau de l'intrigue, me direz vous ?  Si je l'ai laissée pour la fin, c'est parce que de mon point de vue, c'est là que le bas blesse un peu. Biberonné par les années 80, Petrimaux nous balance une énième intrigue à la Tarantino et consort. Si elle n'est pas dénuée d'un humour qui parfois fait mouche, et de vrais envolées décoiffantes, si j'y ai retrouvé nombre de références sympathiques qui me font dire que j'ai tout de même un sacré socle culturel commun avec l'auteur, il m'a tout de même manqué ce petit "plus" que j'ai attendu pendant toute ma lecture et qui fait qu'elle ne restera "que" sympathique, quand je la trouvais tellement prometteuse... Pour résumer, j'ai adoré et en loue la forme. Petrimaux sort des carcans et nous propose un objet original, qui dénote des productions habituelles, et qui serait tout à fait propice à un crossmédia d'enfer. Pour le fond, malheureusement, je reste sur ma faim, serais-je devenue un peu trop exigeante ? Peut-être, car je conseil tout de même vivement cet album !
Lu – Replis – Emmanuel Quentin ( Mü Editions) Imaginaire

Lu – Replis – Emmanuel Quentin ( Mü Editions)

Replis est ma première rencontre avec l'auteur Emmanuel Quentin. Il signe là un thriller futuriste, qui se situe dans un avenir dystopique. Dans ce monde, les images sont contrôlées par l'état, qui s'en sert pour asseoir un pouvoir abusif. Au milieu d'une existence morne, le seul espoir du peuple est de pouvoir, en fin de vie, s'assimiler avec ses enfants au lieu de disparaître... Le narrateur et personnage principal, Daniel Sagnes, fait partie de ceux chargés de mener à bien cette guerre des images. Sa vie va basculer suite à la demande d'assimilation de son père, qu'il n'est certainement pas décidé à accepter. Dans Replis, Emmanuel Quentin décrit un monde ravagé par le changement climatique, dans lequel les trop nombreux survivants, contraints de quitter des terres devenues hostiles, s'entassent dans des villes trop petites. Sa vision des bidonvilles est particulièrement poisseuse et réaliste, et l'atmosphère de désenchantement et de décrépitude est constante. Dans cet univers hostile, la croisade Daniel Sagnes est d'autant plus violente que ce dernier est particulièrement insupportable ! Difficile donc d'entrer en empathie, et je me suis même surprise, de temps à temps, à me dire que ça me ferait bien plaisir qu'il se faire chopper. Mais cela n'a rien enlevé au plaisir que j'ai eu à lire ce livre, au contraire, même. Dans un monde sans espoir il a sans doute été plus facile de renoncer.  Le récit d'Emmanuel Quentin est cependant loin d'être binaire, et les nombreuses ramifications et retournement de situation m'ont tenue en haleine tout au long de ma lecture.  C'est au final un roman assez fin que ce Replis, à l'univers complexe et original et au cynisme particulièrement bienvenue ! 
Lu – Soleil Vert – Harry Harrison (J’ai lu) Imaginaire

Lu – Soleil Vert – Harry Harrison (J’ai lu)

Traduit par Sébastien Guillot. Grand classique de l'anticipation, Soleil Vert dépeint un monde surpeuplé, dans lequel, dans un New York insalubre, l'accès à la nourriture et à l'eau devient le problème majeur des populations. Au milieu de ce chaos, une poignée de personnages tentent de survivre à la canicule, à une enquête policière qui s'embourbe, ou à la perte de leur train de vie... Publié en 1966, l'intrigue se situe en 1999. Ce qui est frappant, dans ce livre, c'est la sensation d'absolu désenchantement qui s'en dégage. La terre est surpeuplée, entraînant nombres d’inconvénients des plus anodins aux plus dramatiques, mais la plupart des personnages n'ont comme objectif que de gérer la journée en cours... plus aucune perspective d'avenir, de la survie pure... L'intrigue policière importe peu, elle ne sert que de liant entre les différents protagonistes. Ne vous attendez pas, en lisant ce roman, à une histoire structurée aux multiples enjeux car vous serez déçu. Soleil vert est un portrait glaçant, car encore trop ancré dans l'actualité, des dérives que peut entraîner la raréfaction des ressources pour une humanité toujours plus en expansion : émeutes, violence et répression, ingérence de l'état et indifférence des nantis qui peuvent se payer ce que le bas peuple ne peut avoir. Véritable tour de force, l'auteur arrive à maintenir l'intérêt de la lecture, alors même que tout espoir est rapidement balayé. C'est froid, cynique et cruel, et cela fait tellement échos aux préoccupations actuelles que ça coupe un peu le souffle. Soleil Vert est un excellent roman, porté par une plume acerbe et des propos toujours plus vivants. Je vous reparle bientôt de l'adaptation qu'en a fait Richard Fleischer en 1973 et qui dénote énormément du bouquin.
Vu – The Incident – Alexandre Courtès (2011) Lectures

Vu – The Incident – Alexandre Courtès (2011)

Horreur et Rock n' Roll... J'ai vu The Incident et ce fut une sacrée claque! Réalisé en anglais par le français Alexandre Courtès (grand réalisateur de clips, notamment en collaboration avec Martin Fougerol), The Incident est d'une beauté et d'une créativité visuelle inouïe. Réalisé avec précision, il regorge de plans audacieux et de vraies trouvailles scénaristiques. Violent, certaines scènes demandent de s'accrocher et l'ambiance générale est particulièrement glauque. De plus, le film étant un huis clos, il m'a particulièrement éprouvée, claustrophobe que je suis.... Les acteurs sont brillants, Rupert Evans en tête bien sûr, puisqu'il porte le film, mais également Darren Kent dont le physique hors norme est particulièrement bien exploité, et surtout Richard Brake, toujours aussi fascinant, et que je ne me lasse pas de redécouvrir (je l'avoue, c'est bien pour lui que j'ai regardé ce film!). L'histoire se passe dans un hôpital psychiatrique où, à la suite d'une panne électrique, les cuistots (qui sont également musiciens dans un groupe de rock) se retrouvent à la merci des internés, pris d'une frénésie sanglante.Sans être d'une originalité folle, le scénario tient parfaitement la route, nous garde sous tension et se permet même une fin des plus surprenante. Il est en plus accompagné d'une bande originale signée Christophe Chassol, particulièrement enveloppante, insistant sur le rythme, et d'une excellente chanson additionnelle signée The Go. Bref, ce fut une immense surprise et une claque monumentale que le visionnage de The Incident. Cela m'a permis de découvrir tout le talent d'Alexandre Courtès, qu'il me tarde de retrouver !
Lu – Hellraiser – Clive Barker (Bragelonne) Imaginaire

Lu – Hellraiser – Clive Barker (Bragelonne)

Pour une fois j'ai vu un film bien avant de lire le livre dont il a été tiré. Et plus d'une fois, même. Hellraiser (le premier surtout) fait partie de mes grands classiques. Et même s'il a maintenant le charme des années 80 (en VF, surtout!), il reste celui dont j'ai vu quelques images à l'époque de sa sortie lors de reportages sur le festival d'Avoriaz... j'avais moins de 10 ans et je n'ai pas oublié.Je voulais lire la novella de Clive Barker depuis longtemps, mais un premier essai de lecture de cet auteur m'ayant laissé un souvenir mitigé, je ne me suis pas précipitée sur ses autres ouvrages. Ceci dit, comment résister à la magnifique édition collector proposée par les éditions Bragelonne ?Barker ayant lui même adapté son œuvre, cela ne m'a pas étonné que le film soit à ce point fidèle au livre. A croire même que le livre a été pensé pour une adaptation cinématographique!J'ai énormément aimé cette lecture. Ce fut une drôle d'expérience, mais ce fut plaisant de pouvoir ré-imaginer les personnages (et tenter d'oublier le brushing de Julia...).J'aime beaucoup l'écriture de Barker, qui sait mettre en place en quelques lignes une ambiance malsaine et ambiguë à souhait. Le récit, rapide et rythmé, ne souffre d'aucun temps mort, et on enchaîne frénétiquement les pages. Reste que l'histoire est courte et n'ouvre aucune autre perspective que celles abordées dans le film. Ce fut assez frustrant... l'univers des cénobites étant si intéressant, j'aurais aimé plus de détails...Je me vengerai en lisant d'autres livres de Barker...
Lu – Stalker – Arkadi et Boris Strougastski (Folio SF) Imaginaire

Lu – Stalker – Arkadi et Boris Strougastski (Folio SF)

Traduit par Svetlana Delmotte. Autant que je me souvienne, Stalker est ma première rencontre avec de la science fiction Russe. Grand classique écrit en 1972, Stalker est plus qu'un roman. C'est un univers. C'est une atmosphère. C'est une sacrée expérience. Il raconte l'histoire de Redrick Shouhart, un "stalker", qui récupère illégalement des objets de la "zone". Cette zone mystérieuse a apparemment été visitée par des extra-terrestres il y a longtemps, laissant derrière eux, dans cette vaste étendue, des reliefs de leur passage, comme des restes de repas (le titre alternatif du livre est d'ailleurs "Pique nique au bord du chemin"). La zone est donc soumise à d'étranges phénomènes au danger mortel et certains intrépides se sont fait spécialistes dans le pillage de cette technologie, à la barbe de l'armée. Si le mystère est de mise, on n'en saura pas beaucoup plus sur cette histoire, les auteurs ayant délaissé les explications pour un propos tout autre. Plutôt qu'un récit à enjeux, les frères Stougatski ont fait de cette histoire le portait d'une société. Stalker, c'est la désillusion poussée à l'extrême, c'est la désespérance la plus absolue, c'est une lecture particulièrement pesante. Le roman décrit un monde qui se délite, sous une perfusion bancale, dans lequel les personnages survivent tant bien que mal, mais s'abîment, et s'autodétruise. La zone a en effet une drôle d'influence autour d'elle et c'est toute une société qui s'en retrouve perturbée. A l'écriture à la fois crue et teintée d'une certaine poésie, minutieuse et inventive, Stalker est un roman d'ambiance particulièrement réussi. J'en suis ressortie vidée, moite et pas forcément très joyeuse, mais l'expérience en vaut la peine, et le livre me hante toujours, quelques semaines après sa lecture. Stalker a d'ailleurs fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Andrei Tarkovsky en 1979, dont je vous reparle très bientôt.
Lu – Fog – James Herbert (Bragelonne Terreur) Imaginaire

Lu – Fog – James Herbert (Bragelonne Terreur)

Traduit par Anne Crichton. J'ai été séduite par ce livre beaucoup pour son titre, qui me rappelle évidement le film éponyme de John Carpenter, qui fait partie de mes préférés.Rien à voir ici car, même si l'auteur nous conte également l'histoire d'un brouillard plutôt inquiétant, ils n'ont pas d'autres points communs. Fog est donc le deuxième roman de l'anglais James Herbert, un écrivain plutôt porté sur l'horreur que je ne connaissais pas du tout. C'est un livre mené tambour battant, qui nous plonge immédiatement dans une histoire rythmée, stressante, et parsemée de scènes d'horreur assez graphiques. Au milieu de ce chaos, il nous présente un héros malgré lui, plutôt réaliste et humain, seul immunisé contre le fléau mais tout de même agent du gouvernement, ce qui facilite les choses. Plutôt qu'un pur livre d'horreur, Fog flirte un peu avec un techno-thriller. En effet, une fois les propriétés surnaturelles du brouillard identifiées, les explications et les réponses apportées sont assez terre à terre.Mais cela n'enlève rien à la qualité de l'intrigue, au contraire, j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les errances des équipes chargées de contrer la menace.Les scènes d'action sont bien menées, l'horreur est savamment distillée, et la folie qui se dégage de ces passages très angoissante.Fog est donc sacrément plaisant pour qui recherche un peu d'adrénaline !  
Lu – Pages perdues – Paul Di Filippo (j’ai lu) Imaginaire

Lu – Pages perdues – Paul Di Filippo (j’ai lu)

Comme beaucoup des ouvrages que je vous ai présentés dernièrement, Pages perdues m'a été recommandé par Laurent Queyssi (merci à lui, lisez ses bouquins).  Pages perdues présente une poignée de nouvelles qui chacune met en scène un écrivain célèbre dans une uchronie des plus ébouriffante. Dans un monde où la science fiction disparaît dans les années 60, victime du ridicule, Kafka est un justicier nocturne, Anne Franck, une vedette de cinéma, Saint-Exupéry le seul espoir d'une humanité décimée... Autant de situations originales et folles qui permettent de mettre si bien en avant ces grands noms de l'écriture. La lecture de Pages perdues est exigeante, car l'univers est hyper référencé. Les nouvelles sont classées chronologiquement par décennies, et il faut bien connaître le contexte pour en comprendre toutes les subtilités. Heureusement, les nombreuses notes de traduction aident!  S'il est sans doute difficile d’appréhender les nouvelles mettant en scène des auteurs non familiers (ce qui fut mon cas), elles se lisent tout de même avec grand plaisir, et on se laisse prendre au jeu de cet univers parallèle, souvent teinté d'humour. Paul Di Filippo s'est essayé a un exercice des plus risqué et il s'en sort avec justesse et crédibilité!
Lu – Oms en série – Stefan Wul (Denoël) Imaginaire

Lu – Oms en série – Stefan Wul (Denoël)

Mon "retour aux classiques du fantastique" de cet été m'a amenée à lire mon second livre de Stefan Wul.  Oms en série est un court roman, qui se lit très facilement. Mettant en scène le reste d'une humanité réduite à l'état d'animaux domestiques par une race extraterrestre (les Draags), il narre le destin d'un jeune humain nommé Terr qui guidera les hommes dans leur quête de liberté. Si j'ai lu ce livre avec intérêt et plaisir, il faut tout de même avouer qu'avec moins de 200 pages pour la version poche et une intrigue au rythme rapide, il ne laisse pas le temps de s’appesantir sur les sujets abordés. C'est dommage, car ils sont nombreux et pertinents. J'aurais aimé que l'auteur s'attarde plus sur la description de la condition de Terr en tant qu'animal de compagnie, sur son ressenti, ses réactions... J'aurais aimé aussi que le thème de l'involution de l'espèce humaine soit plus détaillé, car l'auteur pousse une réflexion des plus intéressante.Bref, j'avoue que j'aurais aimé que ce roman prenne un peu plus le temps de s'installer. Il reste que, tel qu'il est, il constitue un bon moment de lecture. C'est rythmé, plein d'action et intelligent. C'est également plutôt positif, ce qui est toujours appréciable de temps en temps.  A noter qu'à l'occasion de la lecture du roman, j'ai regardé l'adaptation qu'en ont fait René Laloux et Roland Topor et que je vous en parle très bientôt sur le blog!