Lectures

Lu – PHIL, une vie de Philip K. Dick – Laurent Queyssi et Mauro Marchesi (21g) BD

Lu – PHIL, une vie de Philip K. Dick – Laurent Queyssi et Mauro Marchesi (21g)

Difficile de capter, en quelques dizaines de pages dessinées, l'essence de la vie d'un artiste aussi dense que Philip K. Dick. Face à ce défi, les auteurs ont choisi, comme Laurent Queyssi l'explique très bien dans le post-scriptum, de livrer leur propre vision du personnage, obligatoirement parcellaire et résultant d'un certain point de vue, mais également étayée par un très long travail de recherche, de documentation et d'immersion. Les dessins de Mauro Marchesi font parfaitement échos aux images issues des textes de Queyssi, et le tout se lit avec plaisir.J'ai un rapport très particulier avec Philip K. Dick, car c'est un auteur dont je connais beaucoup plus la vie que l'oeuvre. J'ai lu peu de ses écrits (essentiellement des nouvelles), mais j'ai lu en partie la monographie qui lui est consacrée aux éditions Actu SF et dont Laurent Queyssi fait d'ailleurs partie des contributeurs. Comment ne pas se passionner pour la vie de cet auteur tant elle est riche ? En un peu plus de 130 pages, cette bande dessinée retrace l'ensemble de la vie de Philip K. Dick. De ses multiples mariages à ses addictions, de sa paranoïa à ses envolés mystiques...Et on imagine à quel point toutes ces expériences ont put nourrir son œuvre, à quel point les thèmes récurrents qu'il aborde font échos à ses questionnements existentiels...Alors, bien sûr, faire le tour de la question dans une BD n'était de toute façon pas envisageable. P H I L est cependant un ouvrage très instructif, passionné et passionnant, une bonne entrée en matière pour qui ne connait pas Philip K. Dick.
Lu – Substance – Claro (Actes Sud) Imaginaire

Lu – Substance – Claro (Actes Sud)

Lire du Claro, c'est toujours une expérience. Souvent enrichissante, toujours déroutante.Dans ce roman, Benoit est un orphelin du troisième type, élevé par une Tante aux multiples qualificatifs, elle même épaulée par 3 copines obscures. Fasciné par la mort, il y découvre une drôle de substance, l'ectoplasme qui lui déclenche de drôles de visions. Il se liera avec Marguerite, habituée des abductions.Ce résumé te parait bizarre ? Le livre l'est tout autant ! Au delà de cette histoire, que raconte-t-il donc ? Au final pas grand chose, mais ce n'est pas là l'important.Métaphorique par essence, tout l’intérêt de ce roman réside dans les envolées lyriques de l'auteur. Ses circonvolutions, ses digressions, son immense inventivité linguistique. Ce roman s'écoute autant qu'il se lit.Gothique de nature, Substance est un roman à l'atmosphère unique, sans doute pas accessible à tout le monde. J'ai d'ailleurs moi-même abandonné une première fois ma lecture, qui ne tombait pas du tout au bon moment dans ma vie. Après 2-3 semaines de pause, je m'y suis replongée pour ne plus le lâcher. Abandonnant l'idée d'en comprendre chacune des phrases, me laissant porter par la mélodie si particulière de l'écriture de Claro, son humour et le baroque du récit, pour en ressortir saoulée de mots et d'images.
Lu – 2001 l’odyssée de l’espace – Arthur C. Clarke (J’ai lu) Imaginaire

Lu – 2001 l’odyssée de l’espace – Arthur C. Clarke (J’ai lu)

Sur un scénario original de Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke. Traduit par Michel Demuth. Drôle d'aventure que celle de ce bouquin. En effet, on ne peut taxer ni le film (l'oeuvre de Stanley Kubrick, si tu ne l'as jamais vu, regarde le... c'est une sacrée expérience !), ni le livre, d'adaptation. Tu me suis ?Si le livre est sorti quelques mois après le film, on sait que le film s'inspire en fait partiellement d'une nouvelle de Clarke intitulée La Sentinelle. On sait également que Clarke décide d'écrire ce roman parallèlement à la création du film, en accord avec Kubrick, les deux artistes souhaitant en faire un projet commun. Les deux auteurs et les deux œuvres se sont donc nourris les uns des autres. Tu me suis toujours ? J'ai vu le film plusieurs fois, je ne l'ai jamais compris. Ou plutôt, je n'ai jamais cherché à le comprendre. Trouver une signification à toutes ces scènes ne m'a jamais semblé indispensable. Pour moi ce film est avant tout une expérience visuelle, auditive... sensorielle. Ces plans qui s'étirent, ce temps qui se dilate, les valses de Strauss et la voix de HAL... J'ai eu donc peur, en lisant ce livre, de casser un peu l'envoûtement du film. Je le savais court, j'avais peur de le trouver abscons. Il n'en est rien. 2001, même s'il est taxé de hard science fiction, est abordable et passionnant. L'écriture de Clarke est simple mais non simpliste, rythmée par des chapitres très courts, et très imagée également, ou alors je n'ai pas réussi à me détachée de l'imagerie du film... Des différences entre le film et le livre existent mais sont minimes, les deux œuvres sont, par essences, interconnectées. C'est donc une nouvelle expérience que la lecture du roman. Si tu as vu le film, il sera un écho supplémentaire à ton rapport à cette histoire. Une nouvelles manière de la découvrir, un moyen également d'en trouver de nouvelles interprétations si tu le souhaites. Si tu n'as pas (encore) vu le film, il sera un bon roman de science-fiction, bien structuré et à l'histoire passionnante, interrogeant sur les origines de l'humanité et l'éveil de la conscience. Dans tous les cas un livre à lire...
Journal d’un AssaSynth, T1 Défaillance système – Martha Wells (L’Atalante) Imaginaire

Journal d’un AssaSynth, T1 Défaillance système – Martha Wells (L’Atalante)

Traduit par Mathilde Montier. Défaillance système est une courte novella, qui, avec 3 autres récits, forment la saga Journal d'un AssaSynth. Comme le titre l'indique, cette histoire est racontée du point de vue d'un androïde de sécurité.  Celui-ci est chargé de protéger une équipe de scientifiques menant à bien une mission d'exploration, qui, bien sûr, ne va pas se passer comme prévu. Défaillance système est un bon récit d'action, dont l'atout principal est la personnalité de son narrateur : cynique, un chouilla misanthrope, grand consommateur de séries télévisées, et à l'humour bien particulier, lié à sa nature synthétique. Les personnages humains font malheureusement pâle figure à côté : trop lisse, trop survolés (du moins dans ce premier opus). En quelques pages, outre l'intrigue rythmée et riche en rebondissements, Martha Wells développe en propos principal une réflexion sur le libre arbitre, et l'éveil de la conscience liée à l'utilisation de l'intelligence artificielle. Il faut cependant avouer que cet aspect n'est qu'amorcé dans ce premier tome. De part son format court, Défaillance système manque en effet de profondeur, et dire qu'il révolutionne les récits de robots serait mentir, on reste dans du classique.  Mais l'histoire se suit sans déplaisir, et a représentée pour moi un interlude plutôt sympathique au milieu de romans beaucoup plus éprouvants. J'imagine que les propos amorcés dans ce livre seront prolongés dans les suivants, et je me suis suffisamment attachée à l'AssaSynth pour envisager de lire la suite de ses aventures à l'occasion...
Lu – Il faut flinguer Ramirez, Acte 1 – Nicolas Petrimaux (Glénat) BD

Lu – Il faut flinguer Ramirez, Acte 1 – Nicolas Petrimaux (Glénat)

Il faut flinguer Ramirez a été conçu, réalisé, mis en scène et dessiné par Nicolas Petrimaux et cela fait toute la particularité de cet album. En effet, les casquettes de l'auteur sont multiples: animation, jeux vidéos, livre d'art... c'est un illustrateur/concept designer (selon le site officiel de la BD) ayant eu de multiples expériences. C'est, je pense, de par ce fait que, seul au commande de ce projet, il nous livre un album packagé, à mi-chemin de la bande dessinée, du comics et de l'animation. En effet, il y a dans ces planches une mise en scène prégnante, qui les propulse bien au delà de la bande-dessinée classique.  Ce livre est un objet léché, taillé au cordeau, maîtrisé de bout en bout avec maestria. Et au niveau de l'intrigue, me direz vous ?  Si je l'ai laissée pour la fin, c'est parce que de mon point de vue, c'est là que le bas blesse un peu. Biberonné par les années 80, Petrimaux nous balance une énième intrigue à la Tarantino et consort. Si elle n'est pas dénuée d'un humour qui parfois fait mouche, et de vrais envolées décoiffantes, si j'y ai retrouvé nombre de références sympathiques qui me font dire que j'ai tout de même un sacré socle culturel commun avec l'auteur, il m'a tout de même manqué ce petit "plus" que j'ai attendu pendant toute ma lecture et qui fait qu'elle ne restera "que" sympathique, quand je la trouvais tellement prometteuse... Pour résumer, j'ai adoré et en loue la forme. Petrimaux sort des carcans et nous propose un objet original, qui dénote des productions habituelles, et qui serait tout à fait propice à un crossmédia d'enfer. Pour le fond, malheureusement, je reste sur ma faim, serais-je devenue un peu trop exigeante ? Peut-être, car je conseil tout de même vivement cet album !
Lu – Replis – Emmanuel Quentin ( Mü Editions) Imaginaire

Lu – Replis – Emmanuel Quentin ( Mü Editions)

Replis est ma première rencontre avec l'auteur Emmanuel Quentin. Il signe là un thriller futuriste, qui se situe dans un avenir dystopique. Dans ce monde, les images sont contrôlées par l'état, qui s'en sert pour asseoir un pouvoir abusif. Au milieu d'une existence morne, le seul espoir du peuple est de pouvoir, en fin de vie, s'assimiler avec ses enfants au lieu de disparaître... Le narrateur et personnage principal, Daniel Sagnes, fait partie de ceux chargés de mener à bien cette guerre des images. Sa vie va basculer suite à la demande d'assimilation de son père, qu'il n'est certainement pas décidé à accepter. Dans Replis, Emmanuel Quentin décrit un monde ravagé par le changement climatique, dans lequel les trop nombreux survivants, contraints de quitter des terres devenues hostiles, s'entassent dans des villes trop petites. Sa vision des bidonvilles est particulièrement poisseuse et réaliste, et l'atmosphère de désenchantement et de décrépitude est constante. Dans cet univers hostile, la croisade Daniel Sagnes est d'autant plus violente que ce dernier est particulièrement insupportable ! Difficile donc d'entrer en empathie, et je me suis même surprise, de temps à temps, à me dire que ça me ferait bien plaisir qu'il se faire chopper. Mais cela n'a rien enlevé au plaisir que j'ai eu à lire ce livre, au contraire, même. Dans un monde sans espoir il a sans doute été plus facile de renoncer.  Le récit d'Emmanuel Quentin est cependant loin d'être binaire, et les nombreuses ramifications et retournement de situation m'ont tenue en haleine tout au long de ma lecture.  C'est au final un roman assez fin que ce Replis, à l'univers complexe et original et au cynisme particulièrement bienvenue ! 
Lu – Soleil Vert – Harry Harrison (J’ai lu) Imaginaire

Lu – Soleil Vert – Harry Harrison (J’ai lu)

Traduit par Sébastien Guillot. Grand classique de l'anticipation, Soleil Vert dépeint un monde surpeuplé, dans lequel, dans un New York insalubre, l'accès à la nourriture et à l'eau devient le problème majeur des populations. Au milieu de ce chaos, une poignée de personnages tentent de survivre à la canicule, à une enquête policière qui s'embourbe, ou à la perte de leur train de vie... Publié en 1966, l'intrigue se situe en 1999. Ce qui est frappant, dans ce livre, c'est la sensation d'absolu désenchantement qui s'en dégage. La terre est surpeuplée, entraînant nombres d’inconvénients des plus anodins aux plus dramatiques, mais la plupart des personnages n'ont comme objectif que de gérer la journée en cours... plus aucune perspective d'avenir, de la survie pure... L'intrigue policière importe peu, elle ne sert que de liant entre les différents protagonistes. Ne vous attendez pas, en lisant ce roman, à une histoire structurée aux multiples enjeux car vous serez déçu. Soleil vert est un portrait glaçant, car encore trop ancré dans l'actualité, des dérives que peut entraîner la raréfaction des ressources pour une humanité toujours plus en expansion : émeutes, violence et répression, ingérence de l'état et indifférence des nantis qui peuvent se payer ce que le bas peuple ne peut avoir. Véritable tour de force, l'auteur arrive à maintenir l'intérêt de la lecture, alors même que tout espoir est rapidement balayé. C'est froid, cynique et cruel, et cela fait tellement échos aux préoccupations actuelles que ça coupe un peu le souffle. Soleil Vert est un excellent roman, porté par une plume acerbe et des propos toujours plus vivants. Je vous reparle bientôt de l'adaptation qu'en a fait Richard Fleischer en 1973 et qui dénote énormément du bouquin.
Vu – The Incident – Alexandre Courtès (2011) Lectures

Vu – The Incident – Alexandre Courtès (2011)

Horreur et Rock n' Roll... J'ai vu The Incident et ce fut une sacrée claque! Réalisé en anglais par le français Alexandre Courtès (grand réalisateur de clips, notamment en collaboration avec Martin Fougerol), The Incident est d'une beauté et d'une créativité visuelle inouïe. Réalisé avec précision, il regorge de plans audacieux et de vraies trouvailles scénaristiques. Violent, certaines scènes demandent de s'accrocher et l'ambiance générale est particulièrement glauque. De plus, le film étant un huis clos, il m'a particulièrement éprouvée, claustrophobe que je suis.... Les acteurs sont brillants, Rupert Evans en tête bien sûr, puisqu'il porte le film, mais également Darren Kent dont le physique hors norme est particulièrement bien exploité, et surtout Richard Brake, toujours aussi fascinant, et que je ne me lasse pas de redécouvrir (je l'avoue, c'est bien pour lui que j'ai regardé ce film!). L'histoire se passe dans un hôpital psychiatrique où, à la suite d'une panne électrique, les cuistots (qui sont également musiciens dans un groupe de rock) se retrouvent à la merci des internés, pris d'une frénésie sanglante.Sans être d'une originalité folle, le scénario tient parfaitement la route, nous garde sous tension et se permet même une fin des plus surprenante. Il est en plus accompagné d'une bande originale signée Christophe Chassol, particulièrement enveloppante, insistant sur le rythme, et d'une excellente chanson additionnelle signée The Go. Bref, ce fut une immense surprise et une claque monumentale que le visionnage de The Incident. Cela m'a permis de découvrir tout le talent d'Alexandre Courtès, qu'il me tarde de retrouver !
Lu – Hellraiser – Clive Barker (Bragelonne) Imaginaire

Lu – Hellraiser – Clive Barker (Bragelonne)

Pour une fois j'ai vu un film bien avant de lire le livre dont il a été tiré. Et plus d'une fois, même. Hellraiser (le premier surtout) fait partie de mes grands classiques. Et même s'il a maintenant le charme des années 80 (en VF, surtout!), il reste celui dont j'ai vu quelques images à l'époque de sa sortie lors de reportages sur le festival d'Avoriaz... j'avais moins de 10 ans et je n'ai pas oublié.Je voulais lire la novella de Clive Barker depuis longtemps, mais un premier essai de lecture de cet auteur m'ayant laissé un souvenir mitigé, je ne me suis pas précipitée sur ses autres ouvrages. Ceci dit, comment résister à la magnifique édition collector proposée par les éditions Bragelonne ?Barker ayant lui même adapté son œuvre, cela ne m'a pas étonné que le film soit à ce point fidèle au livre. A croire même que le livre a été pensé pour une adaptation cinématographique!J'ai énormément aimé cette lecture. Ce fut une drôle d'expérience, mais ce fut plaisant de pouvoir ré-imaginer les personnages (et tenter d'oublier le brushing de Julia...).J'aime beaucoup l'écriture de Barker, qui sait mettre en place en quelques lignes une ambiance malsaine et ambiguë à souhait. Le récit, rapide et rythmé, ne souffre d'aucun temps mort, et on enchaîne frénétiquement les pages. Reste que l'histoire est courte et n'ouvre aucune autre perspective que celles abordées dans le film. Ce fut assez frustrant... l'univers des cénobites étant si intéressant, j'aurais aimé plus de détails...Je me vengerai en lisant d'autres livres de Barker...
Lu – Stalker – Arkadi et Boris Strougastski (Folio SF) Imaginaire

Lu – Stalker – Arkadi et Boris Strougastski (Folio SF)

Traduit par Svetlana Delmotte. Autant que je me souvienne, Stalker est ma première rencontre avec de la science fiction Russe. Grand classique écrit en 1972, Stalker est plus qu'un roman. C'est un univers. C'est une atmosphère. C'est une sacrée expérience. Il raconte l'histoire de Redrick Shouhart, un "stalker", qui récupère illégalement des objets de la "zone". Cette zone mystérieuse a apparemment été visitée par des extra-terrestres il y a longtemps, laissant derrière eux, dans cette vaste étendue, des reliefs de leur passage, comme des restes de repas (le titre alternatif du livre est d'ailleurs "Pique nique au bord du chemin"). La zone est donc soumise à d'étranges phénomènes au danger mortel et certains intrépides se sont fait spécialistes dans le pillage de cette technologie, à la barbe de l'armée. Si le mystère est de mise, on n'en saura pas beaucoup plus sur cette histoire, les auteurs ayant délaissé les explications pour un propos tout autre. Plutôt qu'un récit à enjeux, les frères Stougatski ont fait de cette histoire le portait d'une société. Stalker, c'est la désillusion poussée à l'extrême, c'est la désespérance la plus absolue, c'est une lecture particulièrement pesante. Le roman décrit un monde qui se délite, sous une perfusion bancale, dans lequel les personnages survivent tant bien que mal, mais s'abîment, et s'autodétruise. La zone a en effet une drôle d'influence autour d'elle et c'est toute une société qui s'en retrouve perturbée. A l'écriture à la fois crue et teintée d'une certaine poésie, minutieuse et inventive, Stalker est un roman d'ambiance particulièrement réussi. J'en suis ressortie vidée, moite et pas forcément très joyeuse, mais l'expérience en vaut la peine, et le livre me hante toujours, quelques semaines après sa lecture. Stalker a d'ailleurs fait l'objet d'une adaptation cinématographique par Andrei Tarkovsky en 1979, dont je vous reparle très bientôt.