Documentaire

Vu – Electric Boogaloo – Mark Hartley (2013) Cinéma

Vu – Electric Boogaloo – Mark Hartley (2013)

Si tu es né dans les années 80 comme moi, alors tu connais forcément la Cannon, cette boite de production américaine lancée par Menahem Golan et Yoram Globus. Dans ce film documentaire palpitant, Mark Hartley revient sur le parcours de ces deux cousins, et sur l'empreinte qu'ils ont laissé dans l'industrie du cinéma américain. Sans complaisance, il multiplie les intervenants pour dresser un portrait sans doute fidèle de ce qu'ont été ces années de folies : production à tour de bras de films aux scénarios minimalistes, parfois même improvisés, dopés à l'action, l'érotisme et quelques têtes d'affiches, méthodes peu conventionnelles pour ne pas dire magouilles pures et simples... Le documentaires enchaînes les anecdotes aux images d'archives hallucinantes, et retrace toute l'histoire de la Cannon, de sa création aux premières prises de risque, de ses succès à ses bides... Et malgré toute cette folie, ce qui ressort de cette histoire, c'est la passion. On ne peut pas retirer aux deux dirigeants d'avoir été des passionnés de cinéma, motivés tout de même avant tout par l'envie de créer, à leur manière. Car la Cannon c'est aussi une certaine idées du n'importe quoi, du rien n'est impossible, de l'oubli de la censure et de la bien-pensance... c'est donner les pleins pouvoir à des réalisateurs, créant des œuvres qui n'auraient jamais trouvé leur place ailleurs... Et quand je vois la production hollywoodienne actuelle, tous ces blockbusters qui ne se montent que sur le nom de leurs têtes d'affiches, gonflés aux effets spéciaux et aux scénarios tenant sur une ligne, je me dis qu'une partie de la recette a bien été absorbée par une industrie aseptisée tout en oubliant l'essentiel...…
Vu – Marina Abramovic, the artist is present – Matthew Akers (2011) Lectures

Vu – Marina Abramovic, the artist is present – Matthew Akers (2011)

Documentaire des plus intéressant, ce film nous présente une artiste extrême, ayant repoussé les limites corporelles et morales lors de performances mémorables. Personnellement, je l'associe surtout à sa performance Rhythm O, pendant laquelle elle s'est présenté en tant qu'"objet" et a invité le public à lui faire ce qu'il voulait avec les 72 objets déposés à ses côtés (certains inoffensifs, d'autres destructeurs). Marina Abramovic, the artist is present a été tourné à l'occasion de la préparation de l'exposition qui lui a été consacrée au MoMA, en 2010. Certains ont pu la découvrir à cette occasion, la vidéo de ses émouvantes retrouvailles avec son ancien compagnon Ulay ayant largement été diffusée à l'époque. J'ai d'ailleurs appris récemment que tout ça s'est tout de même fini en procès, ainsi que le décès d'Ulay, il y a quelques semaines à peine. En retraçant une partie du parcours de Marina Abramovic, c'est en filigrane l'histoire de la performance dans l'art contemporain qui est évoquée. Le film manque cependant clairement de recul sur son sujet, Marina Abramovic étant tour à tour présentée en tant qu'artiste, mais également de professeur, mentor, guide spirituel et même gourou... tous les protagonistes interviewés semblant subjugués par elle, voir dans l'adoration complète. Certains des derniers plans tombent même carrément dans la représentation christique. Cependant, le film reste passionnant dans ce qu'il présente, le portrait d'une femme excessive et ambiguë, d'une force inouïe, calculatrice et qui maîtrise chaque aspect de son image et de son art.…
Vu – Sugar Man – Malik Bendjelloul (2012) Cinéma

Vu – Sugar Man – Malik Bendjelloul (2012)

Sugar Man est un documentaire racontant l'histoire de Sixto Rodriguez, un musicien de rock-folk américain. Ses deux albums sortis au début des années 70 ont été des échecs aux Etats-Unis, mais rencontrent un succès inattendu et confidentiel en Afrique du Sud, où ses paroles contestataires inspirent le mouvement anti-apartheid de la communauté blanche. Le mystère entourant la mort supposée de l'artiste entraîne deux de ses fans à partir à sa recherche. J'ai été happée par Sugar Man comme le conte doux amer qu'il est. Bercée par la musique de Rodriguez, sa voix chaud et si particulière. L'histoire qui nous est conté est en effet palpitante, à la fois tragique dans la description de l'échec de la carrière musicale de l'artiste, et fascinante dans celle de l'influence artistique et politique de son oeuvre à l'autre bout du monde. Au milieu des témoignages, Rodriguez traverse le récit avec une grâce et une sensibilité assez hors du commun. Véritable héros malgré lui, il est le principal atout de ce film, de par son talent chevillé au corps, son aura d'artiste intemporel, sa musique et ses mots... Sugar Man m'a touchée, en grande fan de rock des années 70 que je suis, et je ne me lasse pas des musiques de Rodriguez depuis... Et même si Malik Bendjelloul a clairement orienté son récit pour monter une légende (en se renseignant un peu, on s'en rend vite compte), je crois tout de même Sugar Man très honnête dans ses propos et l'hommage qu'il rend. C'est une belle histoire, magnifiquement racontée, et portée par une formidable bande originale. "Il avait cette sorte de qualité magique qu'ont tous les vrais poètes et les artistes. Il exaltait les choses, pour s'élever au dessus du banal, du commun"…
Vu – 16 levers de soleil – Pierre-Emmanuel Le Goff (2018) Cinéma

Vu – 16 levers de soleil – Pierre-Emmanuel Le Goff (2018)

16 levers de soleil est un film documentaire qui retrace les 6 mois de la mission Proxima durant laquelle Thomas Pesquet a séjourné dans l'ISS, la station spatiale internationale. Qui est passé à côté de Thomas Pesquet ? Il aurait été difficile en 2016 de ne pas être au courant de son séjour dans l'espace. En plus de la mission scientifique, c'est tout de même un sacré exercice de communication qu'a fait l'Agence Spatiale Européenne. Ça a fonctionné d'ailleurs. Thomas Pesquet, perché à plus de 400 km de la Terre a fait rêvé des millions d'hommes et de femmes, moi y compris. Je me demandais cependant avec quel angle Pierre-Emmanuel Le Goff allait aborder le sujet. J'avoue que celui qu'il a choisi est assez déroutant. D'explication technique ou scientifique, tu n'en auras aucune ; d'interview, très peu ; et même si les rares prises de parole de Thomas Pesquet m'ont plongée dans des abîmes de réflexion, ce n'est pas là l'essence de ce film. Pierre-Emmanuel Le Goff signe un film très contemplatif, immersif, autant que possible malgré les contraintes, lent et propice aux réflexions. Sans aucune autre voix off que quelques citations, il nous plonge dans le quotidien de cet homme d'exception, tout en en soulignant la profonde humanité. En enchaînant les longs plans, parfois presque silencieux, le réalisateur essai de transmettre beaucoup de messages, de paix, de préservation, de solidarité... J'avoue que l'angle choisi n'est pas évident, que j'ai eu du mal à faire le parallèle avec Saint Exupéry, que j'aurais aimé parfois en savoir plus. Mais le film est sauvé par des images à couper le souffle et par la magnifique bande originale, signée Guillaume Perret. Ce film ne plaira pas à tout le monde, et je comprends qu'il puisse décevoir, mais pour ma part, il m'a bouleversée, je n'ai pas eu besoin de mots...…
Vu – Into Eternity – Michael Madsen (2010) Vidéos

Vu – Into Eternity – Michael Madsen (2010)

Je voulais voir Into Eternity depuis longtemps. Depuis aussi longtemps que je connais le projet Onkalo dont il parle, tant celui-ci me parait vertigineux. Onkalo, c'est un projet d'enfouissement de déchets nucléaires finlandais. Pensé dès les années 1990, initié pendant les années 2000, l'enfouissement commencera en 2020 pour une durée de 100 ans. En 2120, le site sera scellé pour l'éternité, les déchets radioactifs étant nocifs pendant 100 000 ans au bas mot... Into Eternity est un étrange objet filmique, entre le documentaire, la fable, le film, voir le clip... A son visionnage le temps s'étire, ponctué par de long plans sur les travaux en cours, les paysages finlandais, et la voix du réalisateur qui s'adresse aux générations futures, celles qui auront à prendre soin du site quand l'humanité telle qu'on la connait aura disparu pour depuis longtemps. Onkalo étant un projet qui me fascine, c'est avec beaucoup d'avidité que j'ai embrassé les 1H15 de ce film. De nombreuses questions captivantes sont posées : Quel site choisir qui puisse être à l'abri de la nature et des hommes suffisamment longtemps ? Comment protéger le site des intrusions et le rendre inviolable ? Comment transmettre une alerte sur la dangerosité du site qui puisse persister pendant les 100 000 ans à venir, et surtout, doit-on le faire ? Les nombreuses réponses (ou absence de réponse claire) soumises par l'équipe du projet (longuement interviewée dans le film) m'ont plongée dans des réflexions éthiques et philosophiques profondes. Je ne suis pas ressortie indemne du visionnage de Into Eternity. C'est un film passionnant sur un projet hors du commun, qui questionne énormément notre vision de l'avenir, notre éthique, notre formidable cynisme... C'est donc avec beaucoup de conviction que j'encourage la découverte du travail de Michael Madsen. Pour compléter cette vision du projet, j'ai relu une très belle nouvelle écrite il y a quelques années par l'écrivain Neil Jomunsi, elle même intitulée Onkalo. C'est une histoire passionnante, un voyage dans le futur, à la rencontre de ceux qui pourraient, un jour, redécouvrir le site. La nouvelle n'étant plus très facilement disponible, je me permets, avec l'accord de l'auteur bien sûr, de vous la partager. Vous pouvez télécharger le fichier epub en cliquant ici.…
Vu – Là où les putains n’existent pas – Ovidie Vidéos

Vu – Là où les putains n’existent pas – Ovidie

Un documentaire très dur, sur la situation des travailleuses du sexe en Suède. Avec une réalisation maîtrisée et un sens aiguë de la narration, Ovidie démontre à quel point, sous couvert de lois protectrices, le gouvernement suédois commet des abus de pouvoirs, précarisant et menaçant la vie de celles qu'il prétend préserver. Prenant comme toile de fond l'histoire tragique d'Eva-Marree, alias Petite Jasmine,  qui s'est d'abord vu retirée la garde de ses enfants pour prostitution pour ensuite être assassinée par son compagnon violent, elle pose la question du libre choix d'embrasser le métier de travailleuse du sexe, face à un pays ouvertement hostile et répressif. Alors que d'autres pays européens (la France en 2016) se mettent à adopter la législation suédoise de pénalisation des client(e)s de prostitué(e)s, le récit de ce déni total de justice à de quoi faire se dresser les cheveux sur la tête. A écouter autour du même sujet, cet épisode du podcast Transfert dans lequel une femme explique comment elle a trouvé un sens à son quotidien en devenant travailleuse du sexe, et dans lequel est évoqué la précarisation que la loi de pénalisation des clients a entraînée.    …
Vu – Nothing to hide – Mihaela Gladovic & Marc Meillassoux Vidéos

Vu – Nothing to hide – Mihaela Gladovic & Marc Meillassoux

Excellente plongée au cœur de la surveillance de masse, Nothing to hide alterne les interviews de spécialistes avec les exemples concrets de ce que peuvent faire ceux qui ont entre leurs mains des outils dignes des pires régimes totalitaires. D'une réalisation impeccable, ce documentaire nous explique avec calme et pragmatisme de quelle façon les puissants utilisent les données collectées par nos objets connectés. C'est concret, limpide, sans sensationnalisme, et parfaitement terrifiant. A voir pour prendre conscience de l'importance de protéger dès maintenant nos données privées, avant que de nouvelles façon de les exploiter voient le jour. A noter que le film a été financé grâce à une campagne de crowdfunding et est diffusé sous licence Creative Commons 4.0. L'équipe vient d'ailleurs de boucler une seconde campagne de dont pour réaliser la suite : Disappear.…