Vu – La planète sauvage – René Laloux Cinéma

Vu – La planète sauvage – René Laloux

Quand l'ami chez qui j'ai passé quelques jours de vacances, me voyant lire le livre Oms de série de Stefan Wul m'a dit qu'il avait été adapté en film d'animation, je n'ai évidement pas pu m'empêcher de le regarder.  La planète sauvage est donc un film d'animation de René Laloux, sur un scénario conjoint et des dessins originaux de Roland Topor, sorti en 1973. J'ai pour ma part regardé la version restaurée datant de 2016. Librement adapté du roman de Wul, il prend quelques libertés avec l'histoire, rajoutant un concept clé absent du livre. Cependant, le récit rend tout de même honneur à son matériaux de base, et surtout, le film est d'une poésie délirante. Le roman ne s’épanchant pas énormément sur les descriptions, Roland Topor a pu s'en affranchir pour créer un univers d'une richesse visuelle inouïe. Ses dessins parviennent à créer toute une ambiance étrange et singulière et font la véritable beauté de ce film. Proches du surréalisme, ils insufflent à l'histoire toute sa dimension romanesque, il ne se passe pas une minute sans une nouvelle trouvaille. Véritable curiosité, à l'originalité folle, La Planète Sauvage est un petit bijou d'animation, une bulle de surprise et de découverte qui m'a complètement renversée à son visionnage.  
Lu – Oms en série – Stefan Wul (Denoël) Imaginaire

Lu – Oms en série – Stefan Wul (Denoël)

Mon "retour aux classiques du fantastique" de cet été m'a amenée à lire mon second livre de Stefan Wul.  Oms en série est un court roman, qui se lit très facilement. Mettant en scène le reste d'une humanité réduite à l'état d'animaux domestiques par une race extraterrestre (les Draags), il narre le destin d'un jeune humain nommé Terr qui guidera les hommes dans leur quête de liberté. Si j'ai lu ce livre avec intérêt et plaisir, il faut tout de même avouer qu'avec moins de 200 pages pour la version poche et une intrigue au rythme rapide, il ne laisse pas le temps de s’appesantir sur les sujets abordés. C'est dommage, car ils sont nombreux et pertinents. J'aurais aimé que l'auteur s'attarde plus sur la description de la condition de Terr en tant qu'animal de compagnie, sur son ressenti, ses réactions... J'aurais aimé aussi que le thème de l'involution de l'espèce humaine soit plus détaillé, car l'auteur pousse une réflexion des plus intéressante.Bref, j'avoue que j'aurais aimé que ce roman prenne un peu plus le temps de s'installer. Il reste que, tel qu'il est, il constitue un bon moment de lecture. C'est rythmé, plein d'action et intelligent. C'est également plutôt positif, ce qui est toujours appréciable de temps en temps.  A noter qu'à l'occasion de la lecture du roman, j'ai regardé l'adaptation qu'en ont fait René Laloux et Roland Topor et que je vous en parle très bientôt sur le blog!
Vu – Saint Ange – Pascal Laugier Cinéma

Vu – Saint Ange – Pascal Laugier

Dans la filmographie de Pascal Laugier, avant Martyrs, il y a eu Saint Ange. Sorti en 2004, il conte l'histoire d'Anna, engagée pour nettoyer un orphelinat voué à la fermeture. En proie à de drôles de phénomènes, elle est poussée à mener l'enquête sur le passé trouble de l'établissement.Premier long métrage de Pascal Laugier, produit entre autre par Christophe Gans, Saint Ange est un film d'ambiance angoissant porté par un casting presque exclusivement féminin.Si un soin tout particulier a été apporté à l’atmosphère (photo et musique), j'ai eu du mal à accrocher à un scénario somme toute assez faible, qui peine à contrebalancer la richesse de la réalisation. J'en ai par contre beaucoup aimé l'esthétisme et le rythme.Saint Ange reste un film intéressant à regarder, magnifique par certaines de ses scènes et par la présence de ses actrices, Virginie Ledoyen en tête. 
Lu – Échos graphiques – Dave McKean (Delcourt) BD

Lu – Échos graphiques – Dave McKean (Delcourt)

Traduit par Anne Capuron. Je n'ai pas de mots assez forts pour dire à quel point j'aime l'univers graphique de Dave McKean, à quel point il me touche, à quel point je l'admire... Pouvoir enfin trouver le premier Echos Graphiques fut une grande joie, comblée en prime par la parution du deuxième volume de ses œuvres. Dans ces deux ouvrages aux dimensions impressionnantes (grand format, plus de 200 pages), il mêle comme à son habitude les techniques graphiques (peinture, dessin, collage, photo...) dans un ensemble d’histoires hétéroclites qui nous invitent dans son monde étrange et envoûtant. Le visuel de Dave McKean est frappant, reconnaissable et inoubliable. Son univers mêle l'extraordinaire, le troublant, l'angoissant à la poésie la plus pure et l'onirisme exacerbé. Lire Echos graphiques, c'est prendre un coup dans le bide, prendre une gigantesque claque. C'est être entraîné aux confins du visible, dans un tourbillon d'histoires chimériques, parfois absurdes ou drôles, toujours d'une beauté fatale. C'est être époustouflé par sa maîtrise de tant de techniques, être estomaqué par l'originalité de ses choix, être conquis par l'âme qu'il met dans ses planches.  Goûtez à l'art de Dave McKean et vous y laisserez une part de vous même, un écho, une ombre, car il parle à chacun d'entre nous.
Lu – Contes ordinaires d’une société résignée – Ersin Karabulut (Fluide Glacial) BD

Lu – Contes ordinaires d’une société résignée – Ersin Karabulut (Fluide Glacial)

Traduit par Didier Pasamonik. Autant être honnête, je n'y connais absolument rien en BD turque dont Ersin Karabulut semble être un chef de file. Je ne me rappelle même plus de la raison qui m'a poussée à acheter cette BD, ce que je sais, c'est que c'était une bonne idée. Une très très bonne idée. Il faut dire que le bonhomme est rédacteur en chef d'un des rares magazines satiriques turques et que ça pose un artiste... Coup de poing, coup de cœur, les 15 courts contes qui forment cet ouvrage m'ont cueillie, secouée et laissée pantoise. Imaginez une maladie défigurante, capable de communiquer avec son hôte... Imaginez que l'on puisse prédire le futur emploi d'un enfant dès la grossesse... Imaginez que le gouvernement n'accorde qu'un crédit-vie de quelques années à se partager au sein d'un foyer... Imaginez que l'absence de couleur soit la nouvelle norme imposée par un société totalitaire... Imaginez que l'esprit de votre belle-mère se réincarne dans votre fille, que votre grand-père ne meurt jamais, que vous trouviez des messages dans des légumes... Toutes ces histoires, et bien plus encore, Ersin Karabulut vous les livre dans un ouvrage irrévérencieux, cynique, d'une cruauté féroce mais aussi teinté d'un humour des plus noir... Le tout porté par un dessin outrancier, parfois caricatural mais d'une extrême finesse tant dans les traits que dans le mariage des couleurs, et qui m'a conquise dès les premières planches. Dans cet univers si proche du notre, mais avec un je ne sais quoi qui dérape (toute allusion à une célèbre série sera sévèrement punie...) l'auteur dépeint les maux qui minent notre société : désillusion, résignation, aliénation, ou simplement immense saloperie. C'est brutal, c'est violent, c'est notre propre apathie qui nous saute au visage. Ça secoue, ça dérange, ÇA CHANGE, ENFIN... C'est une réussite de bout en bout. Infini merci aux éditions Fluide Glacial d'avoir dégoté ce diamant brut. Penchez vous sur le travail d'Ersin Karabulut, cela vaut - vraiment - le coup!!!!
Lu – Horror – Dario Argento (Rouge Profond) Imaginaire

Lu – Horror – Dario Argento (Rouge Profond)

Traduit par Bianca Concolino Mancini et Paul Abram.J'étais très curieuse de découvrir les écrits de Dario Argento dont je connais (un peu) et j'aime (beaucoup) la filmographie.Tout d'abord un mot pour les éditions Rouge Profond (dont le nom fait déjà référence à une œuvre du maestro) que je ne connaissais pas non plus et dont j'ai vraiment apprécié le travail. La maquette est sobre et belle, et le choix des couleurs met particulièrement en valeur le texte. A présent que j'ai jeté un œil sur leur catalogue, j'ai très envie d'en découvrir d'autres publications.Horror regroupe 6 nouvelles qui explorent des thèmes prometteurs : entre le thriller et l'horreur, l'angoisse est au rendez-vous. Les obsessions de Dario Argento surgissent : sorcières et ésotérisme, onirisme et érotisme.Si les histoires manquent parfois d'un peu de profondeur, les nouvelles envoûtent par leur ambiance, souvent gothique, et pour un certain parti pris pour l’inattendu. De plus, certaines scènes sanglantes font tout le sel de ce livre.On retrouve par petites touches un vrai goût de l'horreur graphique. Le sang, les chaires, décrites de manière cinématographique.... clinique. C'est comme un électrochoc, une pointe d'adrénaline qui ponctue la lecture.Angoissante et intrigante, ce fut une belle plongé dans l'abîme.
Vu – l’intox c’est nous – Julien Goetz (francetv slash) Vidéos

Vu – l’intox c’est nous – Julien Goetz (francetv slash)

Une série documentaire qui plonge au cœur de la désinformation, pour en présenter les mécanismes d'une part, et pour expliquer par quels moyens et pour quelle raison elle se partage aussi facilement. Au fil des différents épisodes, on se rend compte de l'ampleur et de la complexité du système mis en place. Il devient facile d'imaginer quel dangereux pouvoir cela peut être. A voir et à mon avis à montrer aux jeunes générations, pour prendre conscience du rôle central que chacun d'entre nous doit jouer. Esprit critique et conscience des conséquences de nos partages... Les six épisodes sont disponibles sur Youtube ou sur le site de Francetv slash. https://www.france.tv/slash/l-intox-c-est-nous/
Lu – La machine aux yeux bleus – Harlan Ellison (Flammarion) Imaginaire

Lu – La machine aux yeux bleus – Harlan Ellison (Flammarion)

Je n'ai malheureusement découvert le nom d'Harlan Ellison qu'à l'occasion de sa mort. Il est pourtant reconnu pour être un très grand novelliste. La machine aux yeux bleus est donc ma première rencontre avec son écriture, et je dois dire que ce fut un immense coup de cœur. Ce qui marque dans les histoires d'Harlan Ellison, c'est qu'elles n'ont de fantastique que l'étiquette qu'on a bien voulu leur donner. Les éléments fantastiques ne sont en effet pas présents dans toutes les nouvelles ; Toute ma vie est un mensonge, par exemple, qui clos le livre, en est totalement exempt et en est pourtant l'une des plus réussie. Harlan Ellison parlait d'ailleurs lui même plus volontiers pour son œuvre de "fiction spéculative". Le fantastique, en effet, n'y est qu'un cadre permettant à ses histoires d'explorer des thèmes proches de la philosophie ou de la psychologie.  En parcourant les  12 nouvelles qui composent ce recueil, on est rapidement marqué par la tristesse qui s'en détache. L'auteur a en effet à cœur des sujets aussi amusants que le rapport au temps qui passe, la nostalgie de l'enfance ou le déchirement des relations amoureuses... Il  a réussi néanmoins à me cueillir par d’authentiques bijoux. Par exemple, dans la nouvelle Le septième jour, un homme composant machinalement son propre numéro a la surprise de tomber sur son double. Plus gentil, moins cynique, il ne pourra en rester qu'un... Et surtout... surtout.... Jeffty a cinq ans... qui a reçu le prix Hugo en son temps, et dans laquelle le narrateur a pour meilleur ami un garçon qui a cessé de grandir après ses cinq ans. Récit à la fois cruel, d'une infinie mélancolie et d'une immense poésie, il constitue à lui seul une raison pour laquelle il faut lire Harlan Ellison. Il est bien malheureux que son œuvre soit si peu disponible en France. La machine aux yeux bleus est en effet épuisé et nombre de ses nouvelles n'ont carrément pas été traduites. Je vous encourage donc à écumer les livres d'occasion et à vous pencher sur les écrits d'Ellison, vous découvrirez un immense novelliste, aux thèmes, style et écriture de haut niveau, qui poussent à la réflexion.  Le genre de lecture qui nous fait grandir...
Vu – Midsommar – Ari Aster Cinéma

Vu – Midsommar – Ari Aster

Second long métrage de Ari Aster après Hérédité, Midsommar a l'immense qualité de sortir complètement des carcans des films actuels. Ici, ni jumpscars, ni torture porn, mais une certaine sensation de malaise assez habillement distillée par le réalisateur. Certes, le scénario n'évite pas la facilité et j'ai malheureusement trouvé que le film manque globalement de subtilité ce qui a empêché parfois mon immersion complète, mais l'atmosphère, lumineuse et angoissante, est particulièrement originale, et certaines trouvailles sont franchement excellentes (cette fleur qui respire, bon sang!). 2 ou 3 scènes-choc m'ont réellement scotchée à mon siège, mais ne vous attendez pas à de la terreur, le film étant bien plus subtil dans les émotions qu'il souhaite susciter. Midsommar est donc le genre de cinéma qu'il est important de soutenir : inventif, atypique, sortant du lot de la production-spectacle actuelle. Rien que cela est une raison suffisante pour l'encourager, malgré ses défauts. Je garderai un œil attentif à la suite de la carrière d'Ari Aster...Mention spéciale également à l'actrice principale, Florence Pugh, à la fois lumineuse, juste et magnifique !
Lu – Malevil – Robert Merle (Gallimard) Imaginaire

Lu – Malevil – Robert Merle (Gallimard)

Grand classique du post-apocalyptique français, Malevil a inauguré ma PAL de l'été que j'ai sobrement intitulée "retour aux classiques du fantastique". Publié en 1972, il reprend les craintes de l'époque d'une apocalypse nucléaire, à laquelle une poignée d'hommes survivent grâce à la robustesse des pierres du château de Malevil. Ecrit sous la forme des mémoires du personnage principal (Emmanuel Comte, propriétaire original de Malevil) parfois entrecoupées de quelques réflexion d'un autre protagoniste, le roman change de certains autre classiques qui n'abordent que la survie à court terme. En effet, dès que la catastrophe est avérée, Emmanuel Comte et ses acolytes ont à cœur de reconstruire un semblant de civilisation, et de pérenniser la survie de tous. Porté par des personnages forts et principalement masculins (le roman est en effet assez viriliste), il met également en scène des portraits de femmes qui, s'ils peuvent paraître caricaturaux, sont beaucoup plus fins qu'ils peuvent le sembler de prime abord. Le style n'est pas si daté, et le roman se lit assez facilement. Mis à part une introduction qui traîne un peu, il ne souffre d'aucune longueur, mais il faut s'adapter au rythme parfois lent, pourtant en parfaite adéquation avec le rythme de vie imposé par les événements. Au final, les quelques 600 pages ne m'ont pas résisté plus de quelques jours, tant l'histoire est prenante. Abordant les thèmes chers au survivalisme (agressivité, justice, défense et place de la religion), Malevil dresse un fresque de grande ampleur, et cherche a faire triompher les hommes de leurs propres faiblesses et travers. Formidable aventure humaine, un roman à lire absolument, que je rapprocherais du roman Ravage, de René Barjavel, qui m'avait également marqué en son temps. Un mot pour finir sur l'adaptation qu'en a fait Christian de Chalonge en 1980. Prenant beaucoup de libertés avec le roman (au point que Robert Merle a totalement désavoué le film), il n'en reprend que la situation de base et le personnage principal (formidable Michel Serrault, qui incarne selon moi parfaitement le rôle, avec le génie qui était le sien), les autres personnages étant totalement réinterprétés voir inventés. Il est cependant également une oeuvre admirable à découvrir, à l'atmosphère et au rythme incomparable, une vraie réussite du cinéma fantastique français.